Seeing the same GP six weeks later sounds like something out of a different era but this is a very interesting post...

benngooch.substack.com/p/i-was…

La France intercepte un Shahed iranien au-dessus du Kurdistan irakien alors que ses stocks de missiles diminuent


Veille Stratégique

Le 14 avril, un Rafale a neutralisé un drone iranien Shahed à l'aide d'un missile air-air au-dessus du gouvernorat d'Erbil, en Irak, afin de protéger les forces locales face à l'escalade des tensions régionales. Le président Macron a confirmé par la suite que les forces françaises avaient intercepté plusieurs menaces pour sécuriser l'espace aérien, validant ainsi des informations initialement dissimulées par le ministère français de la Défense et l'opération Inherent Resolve

Les comptes rendus de l'événement sur X ont présenté des identifications d'aéronefs contradictoires. Status-6, un compte spécialisé dans les affaires militaires, a identifié l'avion comme un Dassault Rafale et décrit l'arme comme un missile air-air MICA (Missile d'Interception, de Combat et d'Autodéfense), une identification qui n'a pas été confirmée.
1:03
0:00 / 1:04 **voir à patreon.com/posts/la-france-un…

Clash Report a attribué l'interception à un Mirage 2000. Les deux sources ont identifié la cible comme étant un drone kamikaze iranien de type Shahed. La direction antiterroriste de la région du Kurdistan a déclaré le 14 avril que deux drones chargés d'explosifs avaient été abattus au-dessus d'Erbil sans faire de victimes ni causer de dégâts matériels.

Si elle est confirmée, l'interception d'Erbil marque la première destruction d'un drone par un appareil français en Irak depuis les frappes de représailles majeures lancées par la France contre des dépôts de drones iraniens le 28 février. Cette action reflète un changement de posture militaire française suite à l'escalade du début de l'année 2026.

Selon La Tribune , des avions de chasse français Rafale basés à la base aérienne d'Al Dhafra à Abou Dhabi ont tiré environ 100 missiles MICA contre des drones et des missiles de croisière iraniens visant les Émirats arabes unis .

Ce rythme de dépenses a rapidement épuisé les stocks nationaux et a incité le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, à convoquer une réunion de crise le 17 mars.

Afin de réduire la consommation de MICA, la France a déployé des hélicoptères d'attaque Tigre aux Émirats arabes unis, utilisant leurs canons de 30 mm pour intercepter les drones. L'armée française a confirmé les premières destructions de drones de combat effectuées par le Tigre dans ce rôle le 9 avril.

La France opère en Irak depuis septembre 2014 dans le cadre de l'opération Chammal, sa contribution à l'opération Inherent Resolve contre l'État islamique.

SOFX n'a ​​pas vérifié de manière indépendante le type d'aéronef ni les munitions utilisées lors de l'interception du 14 avril.

Source : sofx.com/france-intercepts-ira…

patreon.com/posts/la-france-un…

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Google, Microsoft, Meta All Tracking You Even When You Opt Out, According to an Independent Audit


Sign with an eye symbol and text "WE RESPECT YOUR Privacy!" against a metal surface with red graffiti background.
“An independent privacy audit of Microsoft, Meta, and Google web traffic in California found that the companies may be violating state regulations and racking up billions in fines. According to the audit from privacy search engine webXray, 55 percent of the sites it checked set ad cookies in a user’s browser even if they opted out of tracking. Each company disputed or took issue with the research, with Google saying it was based on a fundamental misunderstanding of how its product works.”

Yes, I know this is no surprise to anyone. I suppose one just hopes are many years of fines and negative feedback, there would have been some change.

Other countries, like South Africa, have pretty advanced privacy protection legislation in place too, but there seems to be little evidence of South Africa actually hauling any of these companies over the coals. For example, Meta’s T&Cs for WhatsApp clearly state they’ll share user metadata with partners.

See 404media.co/google-microsoft-m…
#Blog, #bigtech, #privacy, #technology


Ten years after Brexit vote what's been particularly notable is that after an early flurry of other members flirting with their own 'exit' movements, as the disaster of Brexit has become clearer the appetite of politicians in existing EU members to engineer their own exit has quietly disappeared

Brexiters told us we would be first of many, but what has actually happened is Brexit has served as a telling example of political folly - an unexpected political service to the EU?

#Brexit #politics

✨Brand New Episode - A New Republic?✨

As we emerge, bleary-eyed and slightly peckish from the Gallic Sack of Rome, we find ourselves in a new era – a new Republic, one might say! It is 389 BCE and Rome is in its rebuilding era.

How does Rome navigate the aftermath of the biggest disaster it’s ever faced? Find out with us!

#AncientRome #Podcast #History

partialhistorians.com/2026/04/…

Hello !
Dites, je cherche la "Super Mario Suite" de cet orchestre précis ("JAGMO" ?) youtube.com/watch?v=dzjlb12UV7… (était-ce au cours du même concert), la vidéo semble avoir disparu de YouTube...

De mémoire, il y avait dans cette vidéo d'environ 15min, entre autres, le slider et la "Koopa Road" de Mario 64, ainsi qu'un mashup des génériques de fin de ce même Mario 64 et de Super MArio World (mon morceau préféré...)

Ça vous dit quelque chose ?
(TROUVÉE, voir ci-dessous)

#Mario #JAGMO #Gaming #Music

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Voici le monde dans lequel nous vivons :

L’ordonnance exécutive de #Trump sanctionnant #Albanese interdisait à toute personne ou entité américaine de lui fournir des 'fonds, biens ou services' – une description si large qu’elle a été comparée à une "mort civile". Son appartement à Washington, acheté alors qu’elle et sa famille vivaient dans la capitale américaine, a été saisi. Elle ne peut plus utiliser de carte de crédit nulle part dans le monde, car presque toutes ces transactions sont traitées par des services basés aux États-Unis. "Je me déplace avec de l’argent liquide, ou je dois emprunter à des amis ou à des membres de la famille", dit-elle.

"Elle accuse des militants pro-israéliens basés à Genève de harceler son mari, Massimiliano Calì, économiste senior à la Banque Mondiale, dans une campagne qui a conduit à son éviction de son poste de responsable du dossier syrien. "La Banque Mondiale a été complètement lâche", déclare Albanese. "Il a un dossier de performance exceptionnel dans toutes ses fonctions."

https://x.com/medialens/status/2043995996166684728


📻 La radio sigue sonando:

London Calling — Radio Nowhere

Música Creative Commons y cápsulas sobre Fediverso, software libre, cultura y ciencia.

🔊 radio.tuiter.rocks
💬 IRC → kiwi.tuiter.ovh/#radio

#FediDramaRadio #Fediverso #RadioComunitaria #Radio #CreativeCommons

Imagine a system where contributing to the common good is our yardstick for success, not personal enrichment by any means possible.

Such a system would not extract a “cost of living.” A dignified life with access to modern housing, healthcare, etc., would be considered a human right. Furthermore, everyone would have a basic income they can use however they wish. Imagine the progress we could make as a species if more of us could contribute to science, to art, to all aspects of human knowledge and the human experience because we were no longer wasting our entire time on Earth just trying to make ends meet.

This is not some pipe dream. For the first time in history we have the technological means to implement such a system.

Instead, we choose to live under the yoke of capitalism, a cancer that rewards the tumours that feast on society. Instead we use our technology to build walls, to mass murder, and to destroy our own habitat.

Again for the first time in history, we have the technological means to destroy our entire species or to expand it to new horizons.

Humanity has reached adolescence. Whether we make it to adulthood is up to us entirely.

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L'Education nationale et Medef viennent de signer une nouvelle convention dont le premier objectif est de "Développer les stages de 3e et 2nde".

Rappel : cinq adolescents sont morts au travail en 2025. Dans l'indifférence générale.

La convention ne comprend aucun engagement du MEDEF à ce sujet.

in reply to Maxime Combes

(Vraie) Question : Combien de patrons/entreprises le MEDEF représente-t-il ? Parce que mes élèves de 3e, a priori, c'est pas dans des grandes entreprises qu'ils vont aller faire un stage... Mais plutôt chez l'artisan ou un petit commerçant du coin, au mieux dans le petit supermarché du village (qui est une franchise). Alors quelle incidence réelle sur les vrais stages de 3e ?

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I was ok with the image provided by @meoralis, but @meoralis said it was meant to be just a rough idea and we should have a professional create one. Well, until we find such professional........I had a go at it.

I started with an old photo of "Pepper" (because the fediverse loves cats).
Changed some colours in darktable.
Used GIMP/G'MIC to give it a comic style effect and to add the text (go free software ✌️).

Thoughts?

#PeepThesePixels

in reply to Additionalisland

The Cheetahhybrid account isn't banned though. You could still use that. You were only banned from DraconicNeo's communities (subs) and DraconicNeo has been tripping for a while now.

Nonetheless it doesn't warrant raging on the site. You got banned by someone who overreacts all the time and constantly bans people from their dead comms on a whim anyways. Big wup.

You don't need to be able to post on DN's comms anyways when there are other similar comms.

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Try it out!
– I like it because it is simple enough that my not so techno literate family can use it, while it has the high security and encryption that I demand.
/jd

delta.chat/

also read the posts about #DeltaChat

Vu le style de conduite de la Police, c'était évident que cela devait arriver !

Paris : dix blessés dans une spectaculaire collision, une voiture de police impliquée - Le Parisien

leparisien.fr/faits-divers/par…

in reply to Niavy

@niavy
c'est anecdotique, mais le bld Magenta est un lieu "historique" (mwuaha) des débuts de la cyclisation de Paris, avec une piste cyclable incompréhensible au début, des guerres piétons-cyclistes et vélos-voitures, et là c'est une bagnole de flic qui emplafonne un peu tout le monde, sur cet axe précisément !
genre ils auraient pu le faire sur Rivoli, Maine, St-Michel, n'importe où en fait, nan ! ils choisissent Magenta ;-D

Please boost a lot otherwise I will have to completely close my Matrix server after years using it.
Matrix admins:
So I'm lost, and asked for support but couldn't find answers
Between Saturday and Sunday (I guess ?) my matrix server (lostpod.me) was down for 24h
It's back on, working for mostly everybody EXCEPT

It's not federating properly with matrix.org anymore

If somebody starts a conv with me (@phie:lostpod.me) I receive the invite, I can accept it, then I just don't receive any messages. I can send, but not receive.
After hours I will receive the message, but unable to decrypt it

I've asked on synapse room, and main matrix room, I've also raised an issue

github.com/element-hq/synapse/…

if anybody can help, or help me contact @matrix (matrix.org) admins

#admin #synpase #matrix #help

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Quelqu'un s'y connais en poulettes malades ?
Une de mes rousses est patraque depuis samedi, un peu amorphe, trébuche en marchant, samedi elle a même comme vomit (un liquide brunâtre très fluide)
Je l'aie rentrée au poulailler et elle bougeais peu mais buvais mangeais et pondais. Aujourd'hui elle sors à nouveau et marche mieux mais elle est toujours comme crispée tête rentrée dans les épaules et elle a la crête très pâle.
Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour l'aider à se remettre en forme ?

#poule #chickensofmastodon

NSFW 18+ Explicit nudity and sexual content

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NSFW 18+ Nudity and explicit sexual content

Sensitive content

Follow the sun!
youtu.be/m2pXCVBnlKE

word.undead-network.de/2026/04…
#delshannon #music #sun

NSFW 18+ Nudity

Sensitive content

“Setting up a new production line in Ukraine takes two days, Shtilerman said. That sounds unreal compared to European standards. “The Netherlands does a lot for us, but waiting a year and a half before you are allowed to build something? We don’t have that time.”” nltimes.nl/2026/04/16/d...

Defense firms frustrated by Du...

A Plea to Save Cuba
counterpunch.org/2026/04/16/a-…

"As Cuba teeters on the brink of an escalating US assault, my thoughts drift back to a trip my wife and I took to Havana and Trinidad (the Cuban city) in 2017. Shelly and I fell madly in love with a place so strangely unique that it wrestles with your intuitive sense of possibility. Everything More
The post A Plea to Save Cuba appeared first on CounterPunch.org."

“Most of the countries that are members of both Nato and the EU see the benefits of each entity’s expertise. But diplomats say that every time Trump questions Nato, more capitals consider whether the EU should take on a greater role in managing the continent’s rearmament.”

Why Europe’s $1tn Trump defenc...

MILANO: “LA LEGA INFANGA IL PERCORSO DEL 25 APRILE”. CONFERENZA STAMPA PUBBLICA VENERDI 17 APRILE IN PIAZZA DUOMO radiondadurto.org/2026/04/15/m… #Milanoantifascistaeantirazzista #sovranisti #18aprile #News

NSFW 18+ Nudity

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Quo vadis USA ?

Senior U.S. defense officials have held preliminary talks with top executives at General Motors (including CEO Mary Barra), Ford (including CEO Jim Farley), and other manufacturers like GE Aerospace and Oshkosh. The discussions explore shifting some commercial manufacturing capacity—factories, workforce, and production lines—toward making arms, munitions, military vehicles, tactical hardware, missiles, counter-drone systems, and other military supplies.

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Well put. “Ammunition works best if it is safely stored in a box and never used until it becomes obsolete. Military personnel are trained to kill and are genuine heroes if they never have to put the training into practice.” giftarticle.ft.com/giftarticle/...

“Drones and missiles were closely linked and developed together. It was only with the surveillance drones of the 1960s that the branches divided. Today’s loitering munitions are thus a partial reversal of that history, as they are increasingly seen as single-use systems rather than reusable ones.”

The Past, Present and Future o...

How to Make Housing More Affordable
counterpunch.org/2026/04/16/ho…

"Home prices are up 60 percent since 2019, and purchasing the median-priced home would pose a significant financial strain for most Americans. Half of all renters are cost-burdened, paying more than the recommended maximum of 30 percent of their income on housing. Rising housing costs and a lack of affordable housing has led to a More
The post How to Make Housing More Affordable

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Ehemalige europäische Minister, Botschafter und hochrangige Beamte fordern die Aussetzung des Assoziierungsabkommens zwischen der #EU und #Israel. nd-aktuell.de/artikel/1199023.…

metastatic cancer, literal medical miracle

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in reply to SnoopJ

It's also worth pointing out how our incredible improvement in treating cancers isn't one "miracle cure" or method come out of nowhere. It's been the steady piling up of one minor advancement upon another, for decades and decades, around the world, that's led us to today.

You get this advancement not by "moonshots" but by steady long-term support of research - basic and applied - in a wide array of fields.

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in reply to Janne Moren

@jannem as a bio friend once put it: "saying you're going to 'cure cancer' is like saying you're going to 'cure virus'"

it's definitely dovetailed with our steady advancement in genetics in general (to wit: I can tell you the exact gene fusion that caused my father's cancer!) and even more generally microbiology

it's so exciting to contemplate that we're still in the INCREDIBLY early days of biotech (well, mostly; sometimes it's terrifying)

NSFW 18+ Explicit nudity and sexual content

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Does anyone on the fediverse either work on the #gmail team at #Google or know someone who does? I am looking for an email address that would go to a human employee that I can report real problems to. I have a bug report that should easily identify a spammer that sent 10,000+ spam emails through gmail last week.

I have sent many reports through the abuse form previously, but those do not seem to result in any response or a solution to the problems that I report.

Water Rights Have Become Water Wrongs
counterpunch.org/2026/04/16/wa…

"Across most of the arid West, snowpack is low, rainfall is scarce, and residents are staring down the barrel of another year of major drought. Water levels are dropping, native fishes have become endangered, and a battle royale is heating up between western states to decide whose water uses will go unfulfilled. More
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La véritable leçon du luddisme


Il y a 215 ans, des ouvriers anglais brisaient méthodiquement les machines qui confisquaient leur savoir-faire. Les « luddites » sont entrés dans l’histoire comme des ennemis du progrès. Ils étaient en réalité les premiers à comprendre ce que l’on perd quand une machine prend la place d’un homme.

Par Julien Chassereau

  • « Rien ne discrédite aujourd’hui plus promptement un homme que d’être soupçonné de critiquer les machines […] a-t-on jamais pris la liberté d’avancer un argument contre les "effets avilissants" de l’un ou l’autre de ces instruments, sans s’attirer automatiquement la grotesque réputation d’être un ennemi acharné des machines et sans se condamner, non moins automatiquement, à une mort intellectuelle, sociale ou médiatique ? »
    Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme, 2002

Dans les débats sur le numérique ou l’intelligence artificielle, « luddite » fonctionne depuis longtemps comme un terme de disqualification. C’est surtout vrai dans le monde anglo-saxon où la Silicon Valley en a quasiment fait une insulte. En décembre 2015, l’Information Technology and Innovation Foundation (ITIF), un influent think tank américain, décernait son « Luddite Award » à Stephen Hawking, Elon Musk et Bill Gates, pour avoir simplement osé s’inquiéter publiquement des dangers de l’intelligence artificielle.

En France, le mot est moins ou différemment usité, mais son usage renvoie le plus souvent à l’irrationnel, à l’archaïque ; et pour mieux défendre l’idée que le progrès est inévitable et que résister à la machine, c’est résister à l’avenir lui-même.

  • « C’est ensuite l’économie politique qui s’est efforcée de disqualifier systématiquement toute forme supposée d’opposition au "progrès" : les luddites ne pouvaient être que de pauvres bougres misonéistes et bornés, incapables de discerner les bienfaits à terme du machinisme. Le luddisme était ainsi renvoyé aux oubliettes de l’histoire, parce que synonyme d’obscurantisme. »
    Philippe Minard, « Le retour de Ned Ludd. Le luddisme et ses interprétations », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2007.

Ce que cette mise à l’index recouvre est pourtant bien plus ancien et bien plus riche que ce qu’elle prétend stigmatiser. Le luddisme est un mouvement historique, une pensée politique cohérente, une insurrection qui fit trembler le gouvernement britannique au point de mobiliser plus de soldats contre ses propres ouvriers que contre Napoléon.

La nuit où Ludd est né

Dans la nuit du 11 au 12 mars 1811, un groupe d’hommes armés et masqués fondit sur le village d’Arnold, près de Nottingham, dans les Midlands anglais. Ils se déplaçaient dans l’obscurité avec une discipline que les rapports de police qualifièrent de « militaire ». Leur cible ? Les métiers à tricoter les bas, ces nouvelles machines installées dans les ateliers de bonnetiers, capables de produire davantage, plus vite, en détruisant les qualifications des artisans. En quelques heures, soixante-trois machines furent méthodiquement détruites, démantelées, rendues irréparables. Le lendemain matin, on découvrit sur les décombres que quelqu’un avait glissé un papier signé du nom de « Général Ludd ».

Les autorités ne connaissaient pas ce nom. Et pour cause. Ludd n’existait pas.
« Il » se révèlera n’être qu’une figure, un mythe, un symbole collectif. La légende rapporte qu’un apprenti nommé Ned Ludd aurait brisé un métier chez son maître en 1779 à Leicester, après avoir été fouetté pour lenteur au travail. Vraie ou fausse, peu importe. Ce qui compte, c’est que dès 1811 les insurgés des régions industrielles d’Angleterre s’emparèrent de cette histoire et de ce nom, signant leurs pétitions et leurs lettres de menace du titre de « Général Ludd », du « Roi Ludd » ou encore « Capitaine Ludd », et faisant de cette figure spectrale le symbole unificateur d’une colère qui couvait depuis longtemps.

La destruction d’Arnold marqua le début d’une révolte qui allait s’étendre pendant plusieurs années à travers le Yorkshire, le Lancashire et les Midlands, mobiliser des dizaines de milliers d’artisans, et forcer le gouvernement britannique à mobiliser jusqu’à 12 000 soldats pour en venir à bout (alors que Wellington, à la même période, n’en disposait que de 10 000 pour combattre les Français au Portugal).

L’Angleterre de 1811 était une puissance industrielle en plein essor mais aussi en pleine tourmente. Le blocus continental imposé par Napoléon depuis 1806 avait fermé les marchés européens aux productions britanniques. Les « Orders in Council » (1807-1811) en taxant lourdement les importations américaines, avaient déclenché des mesures de rétorsion qui fragilisaient davantage encore une industrie textile déjà très affaiblie. Les exportations vers l’Europe chutèrent de 80% entre 1810 et 1811, celles vers l’Amérique du Nord chutèrent de près d’un quart. Un comité d’enquête parlementaire révéla qu’à Manchester et dans ses environs, sur 9 000 ouvriers des filatures, 3 000 seulement étaient employés à plein temps, 2 500 à mi-temps, et les 3 500 autres étaient au chômage. Et ce alors que les prix du grain s’envolaient et que les familles ouvrières étaient menacées par la disette.

La crise économique ne suffit pourtant pas à expliquer l’ampleur du soulèvement. Elle vint se superposer à un phénomène plus profond qui s’enracinait dans les premières heures de la révolution industrielle. En 1809, le Parlement avait abrogé les règlements datant du XVIe siècle qui encadraient le marché du travail et régulaient la concurrence, notamment en interdisant l’usage des nouvelles machines tondeuses (les « gig-mills »).

  • « L’apparition du luddisme se situe au point critique de l’abrogation de la législation paternaliste et de l’imposition aux travailleurs, contre leur volonté et leur conscience, de la politique économique du laissez-faire. »
    Edward P. Thompson, La Formation de la classe ouvrière anglaise, 1988.

Or, les lois sur les associations de 1799-1800 (les « Combination Acts ») avaient interdit toute coalition ouvrière et contraignaient les organisations syndicales à la clandestinité. Dans ce contexte, les artisans n’avaient plus aucun moyen légal de se défendre. Le bris de machine n’était pas leur premier recours, c’était le dernier.

Le mouvement luddite, tel qu’il se déploya entre 1811 et 1816, se structura autour de trois régions, trois corporations, trois logiques distinctes que l’historien François Jarrige a soigneusement restituées (Au temps des « tueuses de bras », 2009).

  • Dans les Midlands d’abord, ce furent les tricoteurs sur métier (les bonnetiers) qui donnèrent le signal. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne s’opposaient pas à une machine nouvelle qui aurait été tout juste introduite. Leur métier à tricoter les bas existait depuis plus d’un siècle. Ce à quoi ils s’opposaient, c’était la dégradation de leur condition imposée par les manufacturiers qui, profitant de la crise, exigeaient la fabrication de marchandises de moindre qualité vendues à bas prix. C’est ce que les ouvriers appelaient et dénonçaient comme du « travail bâclé ».
    Dans le Yorkshire, les tondeurs de l’industrie lainière (des artisans qualifiés qui donnaient à l’étoffe son aspect lisse et uni en la travaillant avec de lourds ciseaux à main) furent directement menacés par l’arrivée de deux machines, la laineuse mécanique et surtout le métier à tondre automatique. Ces travailleurs-là représentaient une élite de l’industrie textile anglaise. Le contrôle qu’ils exerçaient sur le processus de production et leur indépendance réelle en faisaient un groupe à part, reconnu pour son savoir-faire exceptionnel ; un savoir-faire qui disparaissait avec eux. L’apogée des violences dans cette région fut atteint en avril 1812. Le 9 avril, la manufacture de Joseph Foster près de Wakefield fut saccagée et incendiée par quelque 300 luddites. Dans la nuit du 11 au 12 avril, 150 ouvriers attaquèrent l’usine de Cartwright à Rawfolds, un industriel qui avait pris soin de fortifier son établissement. 2 luddites furent tués. Leurs funérailles à Halifax et Huddersfield donnèrent lieu à de larges démonstrations populaires. Le mouvement se radicalisa alors, culminant avec l’assassinat de William Horsfall, le 28 avril 1812, un manufacturier qui s’était vanté de vouloir « passer à cheval dans le sang des luddites jusqu’à en rougir les sangles de sa selle ».
    Dans le Lancashire enfin, ce furent les tisserands du coton qui rejoignirent le mouvement à partir de février 1812. Ici, c’est le « power loom » (le métier à tisser mécanique mis au point par Cartwright à la fin du XVIIIe siècle) qui fut la cible. Le 20 avril, la fabrique de Daniel Burton à Middleton fut prise d’assaut par une foule de plusieurs milliers de personnes. Et dans la nuit du 24 au 25 avril, une usine de tissage mécanique à Westhoughton fut incendiée.

Chaque fois, les luddites opéraient la nuit, masqués, en groupes disciplinés qui se déplaçaient à travers les collines, se donnaient des mots de passe, prêtaient des serments de silence. Même certains observateurs gouvernementaux admiraient « leurs plans […] si bien dressés et mis en œuvre avec une telle dextérité qu’il semble impossible de les déjouer. Ils se réunissent, se dispersent à peine ont-ils accompli leur but, en un instant. Leur discipline est celle d’une armée régulière » (Nicolas Chevassus-au-Louis, Les Briseurs de machines. De Ned Ludd à José Bové, 2006).

Cette activité clandestine s’accompagnait par ailleurs d’une intense activité épistolaire. On connaît des dizaines de lettres envoyées aux manufacturiers, aux magistrats, aux membres du gouvernement, signées Général Ludd ou le Roi Ludd, mêlant menaces et justifications, avec une force rhétorique qui a souvent retenu l’attention des historiens. Kevin Binfield, qui les a réunies et publiées dans Writings of the Luddites (2004), a montré que ces lettres ne furent pas les cris désespérés de pauvres bougres illettrés, mais contenaient de véritables éléments d’analyses économiques et politiques, désignaient des responsabilités et revendiquaient des droits.

  • « Nous ne déposerons jamais les armes que lorsque la Chambre des Communes aura adopté une loi pour interdire toutes les machines nuisibles à la communauté, et abrogé celle qui condamne à mort les briseurs de machines. Mais nous, nous ne pétitionnons plus — cela ne suffit pas, c’est par la lutte que les choses se feront. »
    Lettre signée « Ned Ludd Clerk, Général de l’Armée des Redresseurs », 9-10 mars 1812, citée par Kevin Binfield, Writings of the Luddites, 2004
  • « Nous déclarons par la présente aux bonnetiers, fabricants de dentelles et propriétaires de métiers que nous briserons et détruirons tous les métiers qui fabriquent les articles frauduleux suivants, et tous les métiers qui ne paient pas les prix réguliers convenus entre maîtres et ouvriers. »
    Déclaration des tricoteurs sur métier, 1er janvier 1812, A. Aspinall et E. Anthony Smith, English Historical Documents, XI, 1783-1832, 1959

La répression fut brutale et sans précédent. En février 1812, le Parlement adopta le « Frame-Breaking Act », une loi faisant du bris de machine un crime capital passible de la peine de mort, en dépit des protestations éloquentes d’un jeune lord qui venait de faire son entrée à la Chambre haute. Le poète Lord Byron, alors âgé de 24 ans, consacra son premier discours aux Lords à défendre les luddites et à dénoncer la loi.

« Avez-vous pesé la misère qui a conduit ces hommes à la désespérance ? N’y a-t-il pas assez de sang dans votre Code pénal ? »
Lord Byron, discours à la Chambre des Lords du 27 février 1812

La loi adoptée, « les procès furent expéditifs et impitoyables » (François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras », 2009). En janvier 1813 à York, 17 condamnations à mort furent prononcées en quelques jours. Des dizaines d’autres ouvriers furent déportés en Australie. Mais la répression ne s’arrêta pas là. Pour démanteler les réseaux clandestins, des espions et des informateurs furent infiltrés dans les communautés ouvrières, et des récompenses substantielles offertes pour toute dénonciation.

La résistance ne céda pas immédiatement pour autant. Il fallut la conjonction de la répression, de la déportation, des exécutions et d’une reprise économique partielle liée à la fin des guerres napoléoniennes pour que le mouvement s’éteigne, progressivement, entre 1813 et 1817.

Les luddites n’étaient pas seuls

Le luddisme anglais n’est pas un phénomène isolé. Il n’est « que » la manifestation la plus intense, la plus organisée et la plus connue d’une vague de résistances à la mécanisation qui traverse l’ensemble de l’Europe occidentale tout au long du premier XIXe siècle.

L’historien François Jarrige, dans Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle(2009), a reconstitué cette géographie des résistances, montrant que le phénomène est bien moins l’expression d’une particularité britannique que d’une réaction structurelle à ce qu’il nomme les « chemins de l’industrialisation ».

Ainsi en Normandie, dès la fin de l’Ancien Régime, les émeutes contre les machines à filer sont nombreuses et violentes. Les travailleurs du coton normands appellent ces nouvelles machines des « tueuses de bras », des « casses bras », et réclament leur interdiction au nom du droit à travailler. Dans une pétition adressée au maire de Vienne (Isère) en janvier 1819, 8 maîtres tondeurs dénoncent « la nouvelle construction d’une mécanique plus pernicieuse qu’utile nommée la Grande Tondeuse » qui annonce, écrivent-ils, « la suppression générale des bras ». L’imaginaire ouvrier de l’époque pense la machine non pas d’abord en termes économiques abstraits, mais en termes corporels. Les bras, c’est la propriété de base de l’ouvrier, ce qu’il possède de façon irréductible. Ce n’est pas seulement son gagne-pain, c’est ce par quoi il existe dans la société du travail. Aussi une machine qui prend le travail des bras dépossède le travailleur de lui-même.

François Jarrige a recensé quelque 120 cas de bris de machines entre 1780 et les années 1860, essentiellement dans le secteur cotonnier mais aussi dans la draperie languedocienne, dans les métiers parisiens de l’imprimerie et de la décoration. En 1830, les typographes parisiens voyaient dans les presses mécaniques « des rivales qui viennent nous casser les bras ». Après la révolution de février 1848, les coupeuses de poils de lapin se plaignirent de la multiplication des mécaniques « ce qui coupe les bras aux ouvrières, aggrave leur triste position et leur ôte le pain de la main » (citées dans François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras », 2009). La diversité de ces conflits montre qu’on était loin d’un mouvement homogène d’opposition à « la machine » en tant que telle. Ce que contestaient ces hommes et ces femmes, c’était des machines précises, dans des contextes précis et pour des motifs précis. Ces destructions n’étaient pas une simple réaction technophobe révélant l’obscurantisme et l’ignorance des foules. La sociologie et l’histoire ont montré que les sciences et les techniques étaient des activités sociales à part entière qui ne pouvaient être pensées simplement sur la base d’un progrès continu et nécessaire. L’évolution des techniques suit un cours souvent sinueux. À cet égard, elle mobilise des groupes sociaux divers et est toujours façonnée par la confrontation entre des intérêts et des projets concurrents » (François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras », 2009).

En France encore, les révoltes des canuts lyonnais s’inscrivaient également dans cette logique. En novembre 1831, lors de la première insurrection, les tisserands de soie de Lyon se soulevèrent contre la baisse des tarifs imposée par les maîtres-fabricants. Ils voulaient « vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Les combats dans les rues de Lyon durèrent quatre jours avant que l’armée n’intervienne. En avril 1834, une deuxième insurrection, encore plus violente, fut réprimée dans le sang. Mais si les canuts ne s’attaquaient pas directement aux métiers Jacquard dans ces insurrections, la question de la machine et de la dégradation de la qualité du travail artisanal était bien au cœur de leurs revendications. L’inventeur de la première machine à coudre fonctionnelle et brevetée, Barthélemy Thimonnier, en fit d’ailleurs directement l’expérience lorsqu’en 1831 ses ateliers parisiens furent détruits par des tailleurs qui voyaient dans sa machine une menace directe pour leur emploi.

De même en Catalogne, en 1821, 1 800 paysans qui complétaient leurs revenus grâce au travail de la laine à domicile marchèrent sur la ville d’Alcoy et détruisirent 17 machines avant de se disperser. En 1835, à Barcelone, l’usine modèle de Bonaplata fut complètement détruite lors d’un soulèvement des travailleurs hostiles aux nouveaux procédés. Dans l’Empire des Habsbourg, des bris de machines à imprimer des calicots furent signalés dans la banlieue de Prague en juin 1844. Et d’autres de métiers à filer mécaniques à Liberec en juillet de la même année. En Silésie encore, et en Westphalie allemandes, des révoltes contre les premiers métiers à tisser mécaniques furent recensées dès les années 1840.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les historiens ont progressivement mis au jour que ces différents « mouvements » n’étaient jamais dirigés contre « la machine en général », mais toujours contre des machines précises dans des secteurs précis, à des moments précis de transformation des rapports de production. En outre, ils survenaient presque systématiquement après l’échec des voies légales de résistance (pétitions au Parlement, recours aux magistrats, négociations avec les patrons). Enfin, et c’est le point le plus important, ils étaient le fait d’artisans qualifiés qui savaient parfaitement ce qu’ils faisaient et pourquoi ils le faisaient… et non pas de « primitifs » aveuglés par la peur. Le bris des machines relevait de la défense d’une conception du travail, d’une exigence de qualité de la production, et d’un attachement à une certaine autonomie et dignité professionnelle face à une transformation imposée par d’autres, sans leur consentement et contre leurs intérêts.

  • « L’état d’insurrection qui s’est installé dans le pays au cours du dernier mois n’a pas d’équivalent dans l’histoire depuis les temps troublés de Charles Ier. »
    Correspondant du Leeds Mercury à Nottingham, décembre 1811, cité par Edward P. Thompson, La Formation de la classe ouvrière anglaise, 1988.

Relire les luddites

C’est dans cette perspective que se comprend le tournant interprétatif majeur qu’a opéré l’historiographie à partir des années 1950, sous l’influence de deux grands historiens britanniques : Eric Hobsbawm d’abord, Edward Palmer Thompson ensuite.

Dans un article fondateur publié en 1952 dans la revue Past and Present, Eric Hobsbawm introduisit la notion de « négociation collective par l’émeute », qui allait participer à changer le regard sur l’ensemble de ces phénomènes. Pour Hobsbawm, derrière le geste de destruction il fallait voir moins une hostilité à la technique en soi qu’un rapport de force. Là où les syndicats n’avaient ni droit d’exister ni moyens de négocier, l’atelier détruit était une table de négociation. L’employeur qui voyait ses machines réduites en pièces comprenait que l’inaction avait un prix. Hobsbawm distingue ainsi le luddisme proprement dit (ces violences britanniques circonscrites entre 1811 et 1816) du phénomène plus général des bris de machines qui accompagne l’industrialisation de toute l’Europe.

  • « Le bris de machine était une forme d’action collective quasi automatique dans les industries où les travailleurs n’avaient pas encore appris à se syndiquer, ou ne pouvaient pas le faire légalement. C’était un moyen de négociation, une façon de montrer aux employeurs ce qu’il en coûtait de ne pas tenir compte des revendications de leurs ouvriers. »
    Eric J. Hobsbawm, « Les briseurs de machines », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2006

Ce disant, Hobsbawm arrachait les briseurs de machines à leur image d’obscurantistes pour en faire des acteurs politiques rationnels, utilisant les seuls moyens à leur disposition pour défendre leurs intérêts.

Mais c’est Edward Palmer Thompson qui va le plus loin dans la réhabilitation historique, en consacrant un long chapitre de son œuvre maîtresse, La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963), au luddisme. Dans « une armée de justiciers», Thompson veut « sauver de l’immense condescendance de la postérité le pauvre tricoteur sur métier, le tondeur de drap luddite, le tisserand qui travaille encore sur un métier à main ».

Pour Thompson, la classe ouvrière n’était pas mécaniquement née de la révolution industrielle (comme si l’apparition des usines engendrait automatiquement une conscience de classe). Elle naquît d’une expérience, d’une confrontation entre ce que les ouvriers étaient, ce qu’ils savaient faire, les droits et les coutumes qui structuraient leur vie professionnelle, et ce que le nouveau capitalisme industriel entendait faire d’eux. Aussi pour l’historien britannique, les luddites ne s’insurgeaient pas contre des machines abstraites, mais contre la disparition d’une législation paternaliste qui les protégeait, contre la montée d’un laissez-faire qui les abandonnait à la loi du marché, contre la déqualification de leur travail, contre la perte de l’autonomie que leur conférait leur savoir-faire irremplaçable. Thompson forge la notion d’« économie morale » dans ses travaux antérieurs sur les émeutes du pain au XVIIe siècle, désignant ainsi la conviction partagée que l’échange, pour être légitime, doit obéir à des règles de justice non écrites, des réciprocités entre vendeurs et acheteurs, entre patrons et ouvriers, qui ne se discutent pas et qu’on ne transgresse pas impunément.

  • « Les ouvriers, puisant dans les ressources d’une tradition politique aussi bien insurrectionnelle que constitutionnelle, cherchaient par le bris de machine, mais aussi par la pétition et la revendication corporatiste, à préserver leur cadre de vie, leurs mœurs, leurs valeurs professionnelles, et la qualité des produits. Ils cherchaient aussi à rendre la justice et, à l’occasion, à assouvir quelques vengeances. »
    Edward P. Thompson, La Formation de la classe ouvrière anglaise, 1988

Or, c’est toute cette économie morale que le capitalisme industriel naissant brisait. Les luddites le voyaient et le comprenaient. Et la résistance qu’ils opposaient était à la mesure de ce qu’ils perdaient.

  • « Le luddisme est une réaction à la disparition de la vieille législation dite "paternaliste" et au triomphe du laissez-faire dans les relations sociales manufacturières. La violence surgit quand les ouvriers ont épuisé les moyens légaux de défense des règles anciennes et des coutumes du métier.»
    Philippe Minard, « Le retour de Ned Ludd. Le luddisme et ses interprétations », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2007

En d’autres termes, les luddites défendaient une expérience du travail, on serait tenté de dire un rapport au monde. Non pas simplement un moyen de vivre, mais un mode de vie, un statut, une dignité, une capacité à être autre chose que des exécutants interchangeables.
Une philosophie du travail

Si la réhabilitation historique par Thompson et Hobsbawm a restitué aux luddites leur dignité d’acteurs politiques, une autre lecture, plus philosophique, permet de comprendre pourquoi leur résistance résonne si fortement dans des contextes en apparence très différents du leur.

La main et l’intelligence

Pour véritablement comprendre le fond philosophique de ces résistances, il faut remonter loin dans l’histoire humaine.

Le préhistorien et anthropologue André Leroi-Gourhan a montré dans Le Geste et la Parole (1964-1965) que l’intelligence humaine ne s’est pas développée malgré le corps, mais à travers lui, et plus précisément à travers la main. C’est la libération de la main par la station debout, il y a plus de 2 millions d’années, qui a permis l’usage des outils, et c’est l’usage des outils qui a progressivement façonné le cerveau humain tel que nous le connaissons et en bénéficions.

La main n’est donc pas simplement l’exécutante des ordres du cerveau. Elle est, dans l’histoire de l’évolution, l’une des matrices de l’intelligence.

« La liberté de la main implique presque forcément une activité technique différente de celle des singes, et sa liberté pendant la locomotion, alliée à une face courte et sans canines offensives, commande l’utilisation des organes artificiels que sont les outils. Station debout, face courte, main libre pendant la locomotion et possession d’outils amovibles sont vraiment les critères fondamentaux de l’humanité. »
André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, tome I, Albin Michel, 1964

Ainsi, lorsqu’un tondeur du Yorkshire guide ses « forces » (ces lourds ciseaux à main) sur la surface d’une étoffe avec une précision que des années d’apprentissage ont rendue seconde nature, il ne fait pas qu’exécuter une tâche dans le cadre de son travail, il mobilise un savoir incorporé, fait d’ajustements imperceptibles, de mémoire gestuelle et d’une connaissance intime de la matière, accumulée au fil des années. Un savoir qui ne se trouve pas dans un manuel et ne se transmet que par la présence, de corps à corps, de maître à apprenti. Ce savoir n’est d’ailleurs pas seulement dans les mains, il est dans tout l’être. Et quand une machine prend en charge ce geste, ce n’est pas simplement une tâche en moins (voire un emploi qui disparaît), c’est un mode d’être humain, une forme d’intelligence incarnée, une manière de faire corps avec le monde qui s’éteint.

Leroi-Gourhan pressentait lui-même le danger que l’industrialisation faisait courir à cette intelligence. Il parlait de « la réduction de l’aventure physique en aventure passive », de la « séparation de l’homme d’avec lui-même » que produit la mécanisation.

« Du pithécanthrope au menuisier du XIXe siècle, l’aspect des chaînes opératoires n’a pas changé : l’ouvrier mis en présence de la matière compose avec les qualités et les défauts particuliers qu’elle présente, combine sur ses connaissances traditionnelles le déroulement possible des chaînes de gestes, conduit sa fabrication, corrige, aboutit au produit dont il est l’auteur dans une dépense équilibrée de mouvements musculaires et d’idées. Si machinal que soit son comportement, il implique l’affleurement d’images, de concepts, la présence en pénombre du langage. »
André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, tome II, La Mémoire et les rythmes, 1965

C’est cette intelligence de la main, cette liaison intime entre le geste, la matière, la pensée et la présence au monde, que le système industriel entendait systématiquement dévaluer, découper, fragmenter, puis déléguer à la machine. Et c’est pour défendre cette intelligence pratique, cette humanité-là, que les luddites brisaient les métiers.

William Morris, né en 1834, artiste, designer, poète et militant socialiste, a été le premier à tirer de la résistance luddite une philosophie cohérente du travail. Morris consacra sa vie à défendre un rapport vivant entre l’artisan et son ouvrage, l’intelligence de la main qui fait des choses belles et utiles, la satisfaction de produire quelque chose « du début jusqu’à la fin », dans une relation directe avec le futur utilisateur ; précisément ce que la révolution industrielle était en train de détruire.

  • « L’industrialisme fabrique à la chaîne des ersatz qui risquent de conduire à la disparition de l’art. »
    William Morris, L’Art et l’Artisanat, 1889

Morris voyait dans la séparation imposée par les machines entre le travail de l’esprit et le travail de la main une mutilation de l’être humain. Son mouvement Arts and Crafts, fondé dans les années 1880, tentait de reconstruire dans les arts décoratifs un espace où cette intégrité serait préservée. Sa conception de la beauté était inséparable d’une conception du travail épanoui. Pour Morris, un objet était beau si la personne qui l’avait produit avait pris plaisir à le faire, si ses mains y avaient mis quelque chose d’elle-même.

  • « C’est en travaillant lui-même comme artiste et artisan qu’il découvre le plaisir de créer, prend conscience de ce que ses contemporains ont perdu et de la tyrannie du capitalisme qui est venu s’interposer directement entre l’artisan et son client, aliénant du même coup sa liberté créatrice en lui imposant comme objectif de générer des bénéfices et non de répondre à un désir de beauté. »
    William Morris, L’Art et l’artisanat, 2011

Un siècle plus tard, Hannah Arendt, dans La Condition de l’homme moderne (1958), proposa une distinction conceptuelle qui éclairait directement la question luddite. Elle distinguait trois façons d’être au monde que le vocabulaire ordinaire confondait sous le même mot.

  • Le travail, qui répond aux besoins biologiques (manger, dormir, survivre) et ne produit rien qui dure.
    L’œuvre, qui laisse quelque chose derrière soi (un objet, un bâtiment, une pièce de tissu, qui continue d’exister quand le geste qui l’a produit s’est depuis longtemps dissous dans le temps).
    L’action, enfin, qui est ce par quoi les hommes s’instituent en communauté politique.

Pour Arendt, la révolution industrielle avait réduit l’artisan à l’état d’« animal laborans », un être qui ne fait que travailler, répétant indéfiniment les mêmes gestes sans jamais produire une « œuvre » au sens fort du terme, sans jamais inscrire quelque chose de lui-même dans le monde. L’artisan luddite, lui, était encore un fabricant au sens arendtien. À tout le moins souhaitait-il le rester. Il faisait des choses qui portaient sa marque, dans lesquelles son savoir-faire (l’intelligence de la main) et son jugement professionnel étaient reconnaissables. Et, comme le souligne Arendt, c’est cette dimension de l’« œuvre », et avec elle, une certaine forme de présence au monde et de reconnaissance sociale, que la mécanisation entendait lui confisquer.

  • « Le travail de notre corps et l’œuvre de nos mains sont fondamentalement différents. Le produit de l’œuvre n’est pas consommé mais utilisé ; sa durabilité s’oppose au caractère fugace des besoins biologiques satisfaits par le travail. L’œuvre fournit un monde artificiel d’objets qui nous permet à chacun de dépasser nos propres limites et d’habiter un monde commun, destiné à nous survivre. »
    Hannah Arendt, La Condition de l’homme moderne, 1961

De son côté, la philosophe Simone Weil, qui s’était faite embauchée comme ouvrière chez Alsthom puis aux Forges de Boulogne-Billancourt et chez Renault en 1934-1935, livra dans La Condition ouvrière (1951) le témoignage de ce que signifie, de l’intérieur, être réduit à l’état d’appendice d’une machine. Elle décrivit la destruction systématique de toute capacité de pensée par le rythme imposé de l’usine.

  • « La tentation la plus difficile à repousser, dans une pareille vie, c’est celle de renoncer tout à fait à penser : on sent si bien que c’est l’unique moyen de ne plus souffrir. [L’ouvrier de la grande industrie] dépense à l’usine, parfois jusqu’à l’extrême limite, ce qu’il a de meilleur en lui, sa faculté de penser, de sentir, de se mouvoir ; il les dépense, puisqu’il en est vidé quand il sort ; et pourtant il n’a rien mis de lui-même dans son travail, ni pensée, ni sentiment, ni même, sinon dans une faible mesure, mouvements déterminés par lui, ordonnés par lui en vue d’une fin. »
    Simone Weil, La Condition ouvrière, 1951

Ce vide laissé par le travail sans œuvre, cette dépossession de soi par un travail qui ne laisse « aucune marque » autour de soi, c’est précisément ce contre quoi les luddites s’étaient dressés. Non par peur et/ou ignorance de ce qui venait, mais précisément par une juste compréhension (une intelligence sensible) de ce qu’ils allaient perdre.

Günther Anders, philosophe allemand exilé aux États-Unis où il travailla comme ouvrier d’usine, publia en 1956 le premier tome de L’Obsolescence de l’homme, sans doute l’un des textes philosophiques les plus sombres et les plus visionnaires du XXe siècle. Il y développait l’idée centrale d’une « honte prométhéenne », le vertige de l’homme qui contemple ce qu’il a fabriqué et se découvre inférieur à sa propre création (une machine qui ne vieillit pas, ne se décourage pas, n’a pas faim… qui est, dans l’ordre de la performance pure, une meilleure version de lui). Dans son analyse du travail industriel, Anders montrait comment le travailleur moderne « est dépossédé de sa responsabilité ». Réduit à n’accomplir plus qu’une fonction dans le cadre de la spécialisation des tâches, il ne comprend plus la finalité de ses actes, ne voit plus le produit de son travail dans sa totalité, perd le sentiment de produire quelque chose qui lui ressemble, auquel il puisse s’identifier avec fierté. C’est exactement ce que les tricoteurs de Nottingham ou les tondeurs du Yorkshire avaient identifié ; hors de tout langage philosophique mais avec la précision de ceux qui le vivent.

Ce que les luddites ont montré, c’est qu’une décision prise d’ailleurs, par d’autres que ceux qui vont en subir le plus directement les effets, au nom d’une logique qui n’est pas la leur, vient effacer ce qu’ils sont. Ceux qui les traitent d’obscurantistes ont peut-être, eux, simplement oublié ce que c’est que de savoir faire quelque chose. Ce que, tout simplement, faire veut dire.

Car derrière l’enjeu économique et social, il y a quelque chose de plus fondamental encore. Quand on arrache à un homme le geste qu’il maîtrise, la matière qu’il connaît, le produit dans lequel il reconnaît sa main, ce n’est pas seulement son emploi que l’on supprime, ni même sa dignité que l’on blesse. C’est à l’essence même de ce qu’il est qu’on touche. L’histoire humaine, depuis ses origines les plus lointaines, se confond avec l’histoire de la fabrication. Avant d’avoir des cités et des langues écrites, l’homme avait des outils et le geste pour les tenir. C’est ce geste qui l’a fait homme.

  • « Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l’histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. »
    Henri Bergson, L’Évolution créatrice, 1907

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So much for military Keynesianism....

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There's our tax money disappearing out of the country right there...

As I've said before, if you're justifying your defence expenditure by claiming its going to 'create job', you need to procure weapons built in the UK.... like the Eurofigther Typhon (partly built in Preston).

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